Le PAM fait partie du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE)
et implique aujourd’hui 21 pays riverains de la Méditerranée. A
l’origine, il a été adopté en 1975 par 16 pays pour relever les défis
de la protection de l’environnement marin et côtier. Il s’est doté, en
1976, d’un cadre juridique : la Convention pour la protection de la mer
Méditerranée contre la pollution, dite Convention de Barcelone. Pour
permettre aux médias méditerranéens de mieux comprendre les enjeux de
cette convention, le PAM a donc organisé un atelier de travail qui a
réuni une vingtaine de journalistes du Maroc, d’Algérie, de Tunisie, de
Libye, d’Italie, de France, d’Egypte, d’Israël, de Slovénie, de Bosnie
ou encore du Monténégro.
L’île de Malte n’a pas été choisie par hasard :
l’actuel ministre maltais du Tourisme et ancien ministre de
l’Environnement, Francis Zammit Dimech, a rappelé la position
stratégique de l’archipel, « au cœur de la Méditerranée » et noté que
le premier centre régional du monde créé pour porter assistance aux
pays dont les écosystèmes étaient en danger, le ROCC, avait été ouvert
à Malte en 1976. En outre, le coordinateur du MAP, Paul Misfud, est
lui-même maltais. Pendant trois jours, les échanges ont porté sur les
agressions dont est victime la mer Méditerranée, plus particulièrement
sur les sources de pollution terrestres. Les activités humaines ont
lieu à 80% sur terre. Elles sont liées à la pression démographique, à
l’extension des villes ainsi qu’au développement industriel et
agricole. La pression démographique tout d’abord : la population des
Etats côtiers a quasiment doublé ces 40 dernières années, atteignant
aujourd’hui quelque 150 millions de personnes, et, pendant la période
estivale, 200 millions de touristes envahissent les côtes
méditerranéennes.
Actuellement, un tiers de la population de la région
est concentré sur la frange littorale. Ce phénomène entraîne
l’augmentation du nombre de voitures par habitant, de la production des
déchets ménagers et de la demande en eau potable. Les volumes d’eaux
usées municipales sont de plus en plus importants alors que les
stations d’épuration existantes ne desservent que 55% des villes
côtières de plus de 10 000 habitants. En 2001, 63% des eaux usées
urbaines d’Algérie ont été déversées dans la Méditerranée sans avoir
été traitées et Alger arrive à la 9e position des villes qui rejettent
en mer le plus de déchets domestiques.
Quant aux déchets solides, ils ne sont généralement pas
collectés dans les normes. Le manque de responsabilité des pouvoirs
publics fait qu’ils peuvent se retrouver dans des décharges non
autorisées ou être jetés directement dans les eaux ou sur les plages
par la population. Le MED Pol, le programme environnemental du PAM pour
le contrôle de la pollution, a d’ailleurs édité un guide pour aider les
pays à résoudre ces problèmes. Autres pressions notables : le
développement de l’agriculture (avec une augmentation des surfaces
irriguées et de la consommation d’engrais et de pesticides), de
l’industrie (avec une augmentation des déchets industriels) et du
tourisme.
En ce qui concerne l’industrie, bon nombre de pays
stockent des produits chimiques obsolètes, souvent près des côtes, et
ne savent qu’en faire. L’Algérie, par exemple, stockerait quelque 190
000 kg de pesticide Aldrin, à différents endroits du pays, arrivant
bien devant la Turquie (11 000 kg) ou le Maroc (7500 kg). Toutes ces
pressions ont bien sûr un impact sur l’environnement et la
biodiversité. Face à une urbanisation croissante, les gangs de pilleurs
de sable s’organisent, comme en Algérie, pour approvisionner le marché
de la construction. 85% des 300 km de plages algériennes sont
régulièrement pillées et perdent entre 0,30 et 10,4 m par an ! A
Béjaïa, la plage a reculé de 345 m de 1959 à 1995 et ce problème se
retrouve à Boumerdès, Macta ou Beni Saf.
Enfin, la Méditerranée, même si elle ne représente que
0,7% des mers du globe, supporte 30% du commerce maritime mondial et
22% du transport international de pétrole. Entre 100 000 et 150 000 t
de pétrole voyagent sur ses eaux par an et 376 accidents ont eu lieu
entre 1977 et 2003 et ont été cause de pollution. Les experts pensent
que plus de 305 000 t de pétrole ont été déversées de façon
accidentelle en Méditerranée. « Rejeter toutes sortes de déchets dans
la mer est la façon la plus rapide, la moins chère et la plus pratique
de s’en débarrasser. La mer a de remarquables capacités d’absorption,
mais la Méditerranée est une mer fermée et elle n’est plus capable de
digérer toutes les toxicités que l’homme lui déverse », assure
Francesco Saverio Civili, coordinateur du MED Pol. Alors que faire ?
« Recenser toutes les sources de pollution et les endroits à risques et
apporter une solution adaptée à chaque pays. » Le SAP, un programme
d’action contre les sources de pollution terrestres, a déjà été adopté
formellement en 1997, mais il a besoin d’argent pour mobiliser les
Etats et atteindre ses objectifs.
Et le MED Pol espère que le Protocole sur l’eau et la
santé, adopté en 1999 par la troisième conférence ministérielle sur
l’environnement et la santé, sera prochainement ratifié par tous les
pays qui ont adhéré au PAM. 8 pays sur 22 ne l’ont toujours pas fait
(dont l’Algérie, l’Egypte et la Libye) et il manque seulement trois
ratifications pour que protocole soit accepté. Enfin, les experts
présents lors de l’atelier comptent sur la mise en place de programmes
nationaux et régionaux, accompagnés de contrôles et de sanctions dans
chaque pays. Pour que la Méditerranée ne soit plus considérée comme une
vaste poubelle à ciel ouvert.
Par Olivia Marsaud , elwatan.com